Le Carnet de Gnoe (particule élémentaire)

Un Gnoe est une particule élémentaire douée d'intelligence, sans matérialisation physique, qui se croit extra-ordinaire et qui pense venir d'un autre univers. Les Gnoes ont développé une technologie luminaire et sont susceptibles d'avoir un avis sur tout.

20 janvier 2005

L'odeur de l'amour propre

Nous sommes projetés en avant. En arrière puis en avant de nouveau. Le train démarre dans les tunnels de cette grande ville. Il est 9h du matin et les gens sont assis dans un carré. Un employé de bureau chez Renault et une chef de produit chez L'Oreal. Et des dizaines d'inconnus autour d'eux. Avant tout, il est important de préciser qu'à ce moment donné, à l'instant t où cette histoire commence, je suis quelque part au dessus d'eux, dans les airs, entre le sol du wagon et les grilles du plafond. Un peu perdu en vérité.

A l'instant t, un homme entre dans le wagon. Il se déplace tout doucement. Par mimétisme je n'ai pas regardé son visage. Oui même une particule élémentaire peut prendre le pli et devenir amorphe. Un jogging de cotton noir usé. Des vieilles chaussures de cuirs aux lacets déchirés. Une manteaux en piètre état. Une barbe. Il fait quelques pas et semble désolé. Paralysé. Il voudrait ne pas exister. Il s'assoit dans le carré, contre la fenêtre. Le plus près de la vitre. La dame pose son regard à l'opposé de cet homme parce qu'il le vaut bien, peut être. Le type de chez Renault expire profondément. Il se dit "qu'est ce qu'il pue ce mec". Celà devient insoutenable. Insupportable. Inhumain. Il se dit qu'il n'est pas obligé de supporter ça. C'est le matin, il est de bonne humeur, il a encore pas mal de stations. Le train rentre dans la station suivante. L'employé se lève avec empressement, comme si c'était là sa station. Ce n'est pas du tout sa station. Mais alors pas du tout, ça tout le monde le sait. Il sort quand même et rentre dans la rame suivante. Il se rassoit dans un autre carré. Parmi d'autres voyageurs. En face de lui c'est Gian Maria Testa, ce chef de gare poête et chanteur.



Il ne le sait pas biensur. Gian Maria, ce bon monsieur à moustache le regarde attentivement. L'employé de bureau est pas peu fier de son action, de sa façon pro-active d'avoir agit. Après tout, il n'est pas là pour soutenir toute la merde du monde. Il n'y peut rien lui. Il veut juste voyager en paix. Il ouvre son livre et en posant le bout de son nez sur ses lignes, son groin se met de nouveau à renifler.
-Bon sang mais d'où vient elle cette putain d'odeur ? C'est pas possible...
Il se tourne, regarde derrière lui, devant, dessous, dessus. Le clochard n'est pas là. Ca doit être le poête qui doit puer, encore pire que l'autre. Une infection. De la pourriture ma parole.
-Pfff... vraiment mon jour!
Dans une colère contenue il se lève et se précipite vers la porte qui par chance était restée ouverte. Juste le temps de changer à nouveau de wagon. Celui ci est pratiquement désert. Un carré rien que pour lui. Il prend son temps et savoure sa victoire sur la puanteur, la crasse et la poésie du monde. Il pose ses fesses sur le cuir bleu du fauteuil. Il écarte un peu ses jambes, pousse ses pieds, inspire un grand coup... et manque de s'étouffer de peu. Il tousse sur cette même odeur, cette puanteur animale. Toujours là, sur lui, cette odeur d'amour propre.

Posté par gnoe à 17:23 - La vie de Gnoe - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

Dis moi la particule en étant dans les airs ne pourrais tu pas agir ?
Je ne sais pas... fait un geste (euh plutôt une réaction)... pourquoi ne pas te transformer en SuperParticule pour un instant... ça pourrait donner un drôle d'effet à la monotonie crevante de ceux qui prennent le rer...

Posté par avec_2_aiLes, 20 janvier 2005 à 18:22

Ma foi ils font pourtant assez de bétises sans que je m'en mèle. Mais c'est une idée, j'y penserai.

Posté par gnoe, 20 janvier 2005 à 22:05

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